Ténèbres, épaisses et profondes ténèbres... Au loin, des bruits de semelles qui claquent sur le sol de pierre. Une âcre odeur de chair en décomposition vous pique les muqueuses ; soudain un cri
perçant fuse dans le noir, les pas s'éteignent. Des étincelles dansent devant vos yeux et vous vous sentez pris d'une violente nausée. Vous vous redressez d'un coup, heurtant violemment le
couvercle de pierre du sarcophage dans lequel vous êtes enseveli. Comme la douleur réveille vos sens et ranime vos membres engourdis, vous êtes pris de panique et vous vous mettez à frapper la
dalle de toutes vos forces, avec désespoir. Un éclair vous aveugle soudain ; vous recouvrez la vue juste à temps pour voir votre couvercle décoller avec force et s'écraser au plafond dans un
fracas épouvantable. Une pluie de gravats et de poussière retombe sur vous, puis un lourd silence se fait.

Je voue une admiration
inconditionnelle à
Paul Mason et aux quatre
Défis Fantastiques dont il est l'auteur, seul ou avec Steve Williams (il me
manque encore
Les Esclaves de l'Éternité, lacune théoriquement complétée d'ici peu). Inutile donc de vous attendre à une critique méchante, car j'aime passionnément
L'Ancienne
Prophétie, quarante-deuxième tome de la série.
L'histoire débute comme un
Créature venue du Chaos : le réveil dans un souterrain, sans aucun souvenir de comment on a pu atterrir là, mais on est tout de même moins écailleux et vert que
la bestiole de Jackson. À partir de là, il va nous falloir déterminer nos caractéristiques au cours de l'aventure (excellente idée) et parcourir une bonne partie de l'archipel des
Îles du Levant pour enfin découvrir qui on est, et quel lourd héritage on doit supporter et combattre... ou accepter.
La quête de l'amnésique n'a certes rien d'original, mais elle est bien menée et de nombreuses scènes et PNJ marquants la ponctuent : la ville en ruines, Crédas, la statue du Prophète Assis, Marzaï,
le groupe de bandits... Et bien sûr, le point culminant qu'est la grande bataille et le duel fratricide contre Feyor qui s'ensuit, jusqu'au final totalement inattendu et incroyablement excellent :
on se retrouve en effet propulsé dans le passé, à l'époque de notre enfance, ce qui remet en place les pièces du puzzle et permet de comprendre comment tout a pu commencer.
On retrouve ici les « défauts » récurrents de Paul Mason : une difficulté incroyable, moins due à des combats et des jets de dés hasardeux, deux choses rares dans ce livre, qu'à un
one-true-path d'une complexité renversante. Elle se ressent en particulier au cours du duel contre Feyor, contre lequel il faut lancer ses sortilèges un peu au hasard en priant pour que ça
marche. Difficile de se retenir de tricher, ici. Néanmoins, cette difficulté renversante permet de découvrir quelques paragraphes de mort tout bonnement excellents, très originaux (je pense en
particulier au centaure et à la pièce de monnaie).
Tout comme
Les Mercenaires du Levant (lequel possède de nombreux liens avec
L'Ancienne Prophétie, personnages et lieux se retrouvant de l'un à l'autre), ce livre s'apprécie de
plus en plus au fil des relectures, car même si on a fini par atteindre le tant espéré paragraphe final, tout n'est pas forcément clair, et chaque relecture permet de découvrir de nouvelles choses,
ce qui n'est pas tellement le cas de
La Créature venue du Chaos, où l'auteur nous donne toutes les clés en main dans son paragraphe
460, si bien qu'une fois qu'on l'a
terminé, le refaire ne présente plus guère d'intérêt.
Incontestablement l'un de mes Défis Fantastiques favoris. Pour peu que l'on supporte le côté one-true-path, c'est une excellente lecture, une histoire ébouriffante qui acquiert du sens à chaque
fois que vous reprendrez le livre.